Tremplins musicaux : pour ou contre ?

Le 16 / 05 / 19

Tremplins, concours, prix, scènes “découvertes”, scènes “jeunes talents”… les appellations sont nombreuses et la frontière est mince entre ces différents formats de “découverte” de jeunes groupes indépendants.

L’Atelier de Cédric encourage à fond ses artistes à participer à ce type de scènes “tremplins” pour faire découvrir leurs projets musicaux.

Mais, évidemment (et tu commences à capter le point de vue de Cédric 😉), cela ne se fait jamais sans une vision stratégique et surtout pas sans QUA-LI-TÉ !

Alors, les tremplins musicaux : pour ou contre ? Voici ce que l’on en pense. N’hésite pas à commenter en fin d’article avec tes propres expériences.

Entre “scène découverte”, “scène jeunes talents”, “prix”, “concours”, “tremplin”, qu’est-ce qu’un tremplin ?

Un tremplin ou tout autre format similaire sert à faire émerger des groupes inconnus du grand public en les faisant passer par le spectre d’un panel de professionnels. Il plane encore cette idée que les tremplins font découvrir des pépites insoupçonnées et que tout groupe amateur peut, du jour au lendemain et comme dans un télé-crochet, être propulsé sur le devant de la scène. Mais force est de constater que l’univers des tremplins est aujourd’hui assez commercial, développé par des marques dont les fonds sont totalement “privés” et plus ou moins sincères dans leur démarche de soutien vis-à-vis de la culture et des jeunes artistes en développement.

Beaucoup de tremplins désormais identifiés sont organisés par des sociétés totalement privées; on peut citer le Ricard Live, le Sziget Festival, Emergenza, Paco Rabanne, etc. dans un objectif de promotion de leur image de marque. D’autres tremplins sont davantage “cautionnés” par les professionnels, comme par exemple les Inouïs du Printemps de Bourges qui se déroulent avec des sélections régionales faites par des jurys de professionnels reconnus.

la principale différence réside dans le fait de faire voter le public ou non

Pour moi la principale différence réside dans le fait de faire voter le public ou non. Faire voter le public, c’est un moyen pour ces marques de récolter les données des votants et de faire circuler leur nom de marque. Ce qui n’est pas toujours gage de qualité selon moi. Et côté artistes, ça leur demande de sur-solliciter leurs fans et leur communauté. Donc pas terrible.

Et au final, ça sert vraiment à quelque chose de participer à des tremplins musicaux ?

Oui bien sûr ! Si j’ai choisi ce thème pour cette interview, c’est que c’est positif. L’intérêt d’un tremplin c’est de recenser en un seul endroit de nouveaux talents.

Même Emergenza, ça peut être positif pour se faire repérer. Ton projet est mis en avant devant un jury de professionnels (labels, tourneurs, producteur, etc.). Personnellement, s’il n’y avait pas le Ricard Live par exemple, je serais bien handicapé pour repérer les talents que je sélectionne pour participer à mon Atelier de rencontres professionnelles. Je serais obligé d’éplucher tout Spotify ou Soundcloud. Avant, il y avait MySpace qui marchait bien pour repérer les talents ; maintenant j’utilise beaucoup les sélections de ces tremplins.

Par contre, il est clair que les projets sélectionnés sont de plus en plus développés, voire déjà signés. Il y a un réel intérêt pour la musique mais le côté “développement”, ce n’est plus totalement vrai. Il y a des dotations parfois énormes mais, malheureusement, les gagnants sont (trop) souvent déjà signés ou entourés par une équipe de pros.

Alors comment choisir le(s) tremplin(s) auxquels inscrire mon groupe de musique ?

Côté artiste, le but d’un tremplin est de faire découvrir son projet à un jury de professionnels sous sa version live.

Donc déjà, si tu n’as rien de prêt, si tu es totalement amateur, ça ne sert à rien de te présenter à un tremplin.

Le tremplin n’est pas une amorce mais un accélérateur pour ton projet musical. Comme pour toute démarche de visibilité auprès de professionnels, il faut avoir un coup d’avance quand on se présente sur la scène d’un tremplin et avoir (presque) tout de prêt : une direction artistique, un EP, un live ficelé, etc. Tu seras écouté.e ou auditionné.e par des pros qui sont prêts à te signer (presque) tout de suite.

Donc, le seul critère de choix que je recommande c’est le niveau de qualité de ton projet. Tu peux t’inscrire à 10 tremplins ou à 1 seul dans l’année, si ton projet musical n’est pas bien réalisé, tu t’épuiseras à la tâche et tu te décourageras. A noter que, rien que pour le Ricard Live, il y a 1500 candidatures; donc autant avoir des arguments solides pour faire la différence.

Les tremplins les plus qualitatifs selon moi sont :

  • Les Inouïs du Printemps de Bourges (le top du top, tout simplement)

  • Le Prix Société Ricard Live Music (très pro, très bien organisé et avec de très belles “dotations”)

  • Le BPM Contest (pour l’électro)

  • Le Pic d’Or ou le Prix Moustaki (pour la chanson française)

  • Le Tremplin du Sziget Festival (même s’il faut faire voter ses fans, ce tremplin est quand même bien organisé et la sélection se fait assez vite, avec la participation à un très beau festival à la clé)

    Et sinon, inscrire mon groupe à tous les tremplins possibles, c’est une façon stratégique de promouvoir mon projet musical auprès des professionnels, non ?

    J’ai déjà entendu ça, mais non. Encore une fois, si ton projet musical n’est pas prêt, mieux vaut ne pas te montrer, ne pas être vu.

    A la rigueur, autant contacter un pro en direct en lui faisant une proposition ciblée et précise, comme je l’évoquais dans ma précédente interview L’e-mailing pour démarcher les pros, ça marche encore ?.

    Il n’y pas de miracle : si ton projet musical n’est pas prêt, ça ne va pas décoller. Point. Si tu n’as pas au minimum un EP physique avec un clip et surtout un bon live qui déchire, ce n’est pas la peine. Tu dois être “embauchable” immédiatement, avoir ton projet musical clé en main et ton live prêt à être programmé. Car d’ailleurs, pour citer encore le Prix Société Ricard Live Music, sache les finalistes sont programmés pour différentes dates de concerts dans toute la France; de belles dates rémunérées et organisées de façon totalement professionnelle; donc, il faut être prêt !

    Et donc, comment bien préparer mon groupe de musique à un tremplin ?

    Je répondrais à cette question en 3 points fondamentaux :

    • Avoir tous les outils de promo prêts : un EP, un dossier de presse s’il y a, un clip, etc.

    • Un morceau live efficace :

      • Généralement, c’est le morceau dont les gens disent spontanément “C’est mon préféré celui-là !”.

      • Attention toutefois à bien tester sa version live. Parfois, un titre est bien meilleur dans sa version CD que dans sa version live, et vice versa. Là, l’objectif est le live, donc privilégie le morceau le plus adapté à la scène.

      • Veille aussi à ce que ce morceau soit facile à réaliser sur scène avec une petite équipe (2 à 3 musiciens), voire tout.e seul.e.

    • Ne pas prendre de risque : ca sert à rien de vouloir chercher l’originalité avec des arrangements compliqués ou l’effet de surprise avec une entrée sur scène farfelue. Mets-toi à l’aise pour être à 100% de tes capacités.

      Le mot de la fin : le principal conseil pour un groupe qui se questionne sur les tremplins ?

      Je conseille vraiment les tremplins, même si les tremplins réellement sérieux se comptent sur les doigts de la main. Ils peuvent vraiment s’inscrire dans une stratégie de promotion via le live, à condition de :

      • focaliser tes efforts sur 2, voire 3 tremplins max par an, et ne pas participer à plus de 2 tremplins en même temps pour ne pas saturer ta communauté s’il y a des votes.

      • Ne pas t'inscrire si ton projet musical n’a pas d’actu, pas d’outils de promo, ni de proposition de live intéressante, un live dont on se souvient, directement réalisable si on te propose une tournée derrière.

      Enfin, je rajouterais que les premiers “tremplins” à envisager, pour tout groupe autoproduit ou groupe de musique amateur, ce sont les SMAC locales, en région, car il y a pas mal de moyens avec des équipes efficaces (à Bordeaux, Toulouse ou Nantes, par exemple).

      Ecrit par | Propos recueillis par Marie Menini

      4 commentaires

      J’ ai eu une expérience de tremplin musical: le cauchemar. déjà, le tremplin était orienté rock/punk. ils m’avaient sélectionné comme “nouveaux talents locaux” et je fais de la chanson française, vous voyez le tableau.Tout seul avec mon piano et ma voix sur une grande scène, au milieu d’un chant vide, une date de cauchemar. En plus, pas payé, à peine nourri, pas de loge pour me changer, tout b"nef dans la poche de l’organisateur. sans le matos et la scène, je peux faire pareil dans la rue sans public. Evidemment, quand les autres groupes du tremplin ont joué, plus de public parce plus tard et plus proche des têtes d’affiche. j’en suis ressorti écoeuré. Donc je suis contre ces tremplins qui n’ont rien de vrais “tremplins” pour les artistes qui ne les aident pas du tout. depuis que je côtoie le domaine de la musique actuelle, je me rend compte que c’est un milieu irrespectueux de ce que les pros appellent dédaigneusement les “amateurs” sans jamais leur donner leur chance de prouver leur valeur (ce n’est pas une date qui va donner de lexpérience mais une série de dates sur scène qui, au fil du temps, prouvera si un groupe vaut le coup ou non, mais jamais cela n’est possible pour des amateurs), en les écrasant. perso, en tant que musicien, je dis que “pro” ou “amateur” reste une dénomination, car certains amateurs jouent bien mieux que certains pros.

      J’évite donc tous les tremplins et arrête les dates gratuites ou “t’on mon pote tu viens jouer”. je suis, d’une manière générale, contre ces tremplins.

      moiseb 03 juillet 2019

      Organisateur de tremplin, c’est un métier qui rapporte. Faire jouer des groupes gratuitement afin qu’ils puissent espérer gagner une certaine crédibilité artistique pour se produire dans d’hypothétiques salles en étant peut être rémunérés un jour, c’est une certaine vision de l’art que certains cultivent à souhait. Les tremplins ne servent pas franchement les artistes, mais plutôt ceux qui les organisent.Si vous voulez faire un tremplin, faites vous plaisir mais ne vous bercez pas d’illusion. Amateurs, professionnels ou musiciens de passage, ne jouez pas gratuitement cela rendra service à tous.

      LE BERRE 17 mai 2019

      Bonjour,
      Pour ce qui est des tremplin, je trouve que trop souvent c’est “jouer gratos pour peut-être allez jouer gratos”.
      Bref quand on est à la course au cachets, on peut difficilement aller jouer gratuitement tout le temps. Il y a des tremplins où il n’y a même pas de dédommagement pour même une partie des frais de route…
      pour les festivals ‘surtout les moyens et les gros" ils n’auraient aucune peine à faire une petites scène découverte avec un minimum de rémunération. Surtout quand on voit les budgets qu’ils acceptent pour certains groupes…
      Je trouve que trop souvent les organisateurs abuse de l’espoir qu’ils suscitent.
      Voila ce que je pense, mais maintenant tout le monde est libre de faire ce qu’ils veulent.
      Pour info, quand je demande à un plombier ou un électricien de venir travailler chez moi, je ne pense pas qu’il viendrait gratuitement, même si je lui dit “ça va vous faire connaitre” auprès de mon voisinage ou de mes amis…
      Donc venir jouer gratuitement c’est conforter le regard qu’on les gents sur le métier de musicien… “ce n’est pas un vrai métier”…
      Pour info, je suis musicien pro depuis 19 ans… je pense donc connaitre un peu le sujet.
      Daniel

      daniel VIVIER 17 mai 2019

      tout a fait daccord: Ce qui n’est pas toujours gage de qualité selon moi. Et côté artistes, ça leur demande de sur-solliciter leurs fans et leur communauté. Donc pas terrible.

      jtrnr808 17 mai 2019

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