La direction artistique d’un album

Le 21 / 02 / 19

Si on vous dit “L’Atelier de Cédric”, vous serez sûrement très nombreux à connaître. Cédric aide de nombreux artistes à structurer et professionnaliser leur projet musical.

Alors on s’est dit qu’il pourrait aider les milliers de lecteurs que vous êtes, et autant d’artistes et de groupes autoproduits, à développer leur projet en répondant aux interrogations les plus récurrentes ou les plus secrètes que vous vous posez.

En l'occurrence, ici, Cédric va vous apporter quelques billes pour définir une bonne direction artistique pour votre prochain EP. Genre un truc bien solide, qui fait que, même si vous faites de l’électro-pop ou du pop-rock français, vous trouverez le petit truc qui fait que vous ne serez pas noyés dans la masse !

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Avec mon groupe autoproduit, on est en train de travailler sur notre prochain EP. Qu’est-ce que la direction artistique d’un album ? A quoi ça sert ?

La direction artistique d’un album (ou d’un EP), c’est tout simplement l’ADN de votre projet musical, votre signature artistique. C’est le chemin que vous allez choisir de prendre pour faire connaître votre musique et atteindre un public. C’est donc une étape extrêmement importante voire essentielle, car une bonne direction artistique va vous permettre de construire les fondations de votre projet. L’ensemble du projet va dépendre de cette toute première phase de réflexion (univers musical, artwork, communication vidéo, réseaux sociaux, live, etc.). Une fois la direction artistique choisie, il faudra faire attention à ne pas trop s’en éloigner et ce, jusqu’à la finalisation de votre projet.

Mais alors comment définir une direction artistique pour mon groupe autoproduit ?

Pour n’importe quel artiste, quel que soit son degré de “développement”, la direction artistique doit intervenir dès la mise en place du projet.

Et on commence en définissant ou en décrivant votre musique :

  1. Le songwriting : quel est votre style, votre flow, le type de voix, votre contenu (paroles, style textuel, messages), votre musique, les accords, le rythme, etc. C’est déjà une 1ère direction, votre base.
  2. La réalisation musicale ou la couleur musicale du projet.

En résumé, plus votre univers musical est clair dans votre esprit et concret, plus vous pourrez vous démarquer parmi tous les artistes qui se produisent.

Il n’est pas évident de trouver l’ingrédient qui fait que votre projet musical est singulier. Mais même dans les grandes familles musicales (rock, pop, chanson, electro-pop, hip hop, etc.), il faut essayer de dessiner une direction artistique qui vous permettra d’être différent des autres artistes.

D’autant qu’avec les réseaux sociaux, de nombreux artistes parviennent à faire beaucoup plus d’image que de musique et à gagner beaucoup de visibilité sans avoir une proposition musicale originale.

Du coup, comme vous aurez défini la direction artistique musicale de votre groupe autoproduit, il vous sera plus facile de définir votre direction artistique sur l’ensemble de votre univers de groupe.

En effet, s’ajoutent à votre direction musicale :

  • Votre direction artistique visuelle : artwork (pochette de votre album), photos de groupe, logo, typographie, charte graphique, etc.
  • Votre direction audiovisuelle : réalisation de vos prochains clips pour promouvoir votre EP ou votre album.
  • La direction que vous souhaitez donner à votre live doit également être raccord avec le travail de studio et l’univers artistique dans lequel vous voulez vous inscrire.

Et concrètement, comment on peut faire avec mon groupe pour travailler sur notre direction artistique ?

Ce qui marche bien, c’est de créer des moodboards.

Un moodboard c’est un tableau de visualisation où, avec ton groupe, vous allez collecter toutes vos influences, vos idées et vos inspirations. L’intérêt est de mettre ces collectes d’images et de sons dans un lien qu’on peut diffuser ensuite aux personnes qui travailleront sur votre projet (graphiste, photographe, réalisateur, ingé son, attaché(e) de presse, etc.)

  • Pour définir votre univers sonore : mettez tous les titres que vous aimez dans une playlist Spotify, Deezer ou Soundcloud.
  • Pour définir votre univers vidéo : créez une playlist Youtube et ajoutez tous les liens Youtube de vidéos qui vous inspirent et ressemblent à ce que vous visualisez. D’ailleurs, vous pouvez créer une playlist “Clips vidéo” et une playlist “Vidéos de lives”.
  • Pour définir votre univers visuel : vous pouvez vous créer un tableau dans Pinterest dans lequel collecter des images qui vous permettront ainsi qu’au graphiste qui bossera sur la pochette de votre album ou au photographe qui fera vos photos de groupe de se faire une représentation de votre univers artistique la plus proche de ce que vous avez en tête. Vous pouvez vous inspirer aussi en faisant des recherches d’album covers. Vous pouvez faire la même chose sur Instagram en enregistrant toutes les photos qui vous plaisent au fil de leur apparition dans votre fil d’actu ou dans vos recherches.

Ensuite, on a aussi le brainstorming qui peut aider votre groupe à sortir des idées et des mots clés.

En effet, vous pouvez organiser une discussion avec tous les membres du groupe et brainstormer ensemble sur tous les mots qui vous viennent à l’esprit pour caractériser votre groupe et votre univers.

Ca vous sera notamment très utile pour rédiger votre biographie et votre dossier de presse.

Vous pouvez immortaliser votre brainstorm avec un nuage de mot que vous pourrez ensuite communiquer à votre attaché.e de presse.

En tant que groupe auto-produit en démarrage ou avec peu de moyens, sommes-nous concernés par la direction artistique ?

C’est la même chose pour tout le monde, que l’on soit un artiste qui se lance ou bien un artiste avec une petite notoriété, que votre objectif soit d’intégrer un label indépendant ou une maison de disque (ou pas).

C’est un passage obligatoire. Tout le monde fait de la direction artistique. Si votre album a été fait avec les moyens du bord ou que vous n’avez pas de vision artistique claire, c’est une direction en soi. Et les actions qui suivront découleront de tout cela.

N’est-ce pas risqué de fixer tout de suite une signature artistique alors que mon groupe débute juste ? On risque d’évoluer au fur et à mesure…

Oui et non. Sortir pour sortir ne sert à rien, car il y a trop de concurrence.

Rien que chez ConfliktArts, il y a chaque mois 250 références d’albums en pressage ou duplication. Donc, imaginez sur Internet.

Dans mes Ateliers ou mes séances de coaching individuel, je récupère sans cesse des artistes qui n’ont jamais réfléchi à une direction artistique et dont le projet ne fonctionne pas (ou si vous préférez, ne trouve pas son public), ce qui me prouve à chaque fois qu’il n’y a pas de miracle.

Ne rien sortir peut aussi représenter un énorme blocage pour n’importe quel artiste, j’en ai conscience. Mais il y a fort à parier que vous vous découragerez ou vous vous épuiserez à sortir un projet pas assez travaillé et dans l’empressement.

Quelles sont les principales erreurs que commettent les groupes autoproduits que tu rencontres pendant tes ateliers ou tes coachings lorsqu’ils réalisent leur album ?

  • La précipitation : l’empressement de sortir un simple single ou un EP sans réflexion à long terme en espérant avoir une visibilité qui ne tiendra que quelques semaines voire quelques jours...
  • La méconnaissance du milieu : beaucoup d’artistes en solo et de groupes autoproduits ne mesurent pas l’importance de bien connaître leurs interlocuteurs dans l’industrie de la musique (éditeur, tourneur, manager, label, etc.), où ils se trouvent, leurs rôles et leur style. Car ce sont de potentiels partenaires pour leur projet.
  • Le budget : j’observe une certaine inhibition concernant le budget. Les artistes ont peur de parler d’argent. Pourtant, 0 budget = 0 projet. Il y a une idée préconçue qui pousse à croire qu’on pourra toujours obtenir des coups de main gratos. Or, cette méconnaissance des dépenses les met souvent sur le fait accompli quand il faut promouvoir leur album et qu’ils ne trouvent pas le coup de main dont ils auraient besoin. L’erreur de base est de prévoir 99% du budget pour la musique et 1% pour le reste...

Comment choisir les morceaux à mettre sur le prochain EP de mon groupe ?

Je vois souvent des artistes qui mettent sur leur EP 5 titres dans 5 styles différents. C’est à mon sens une erreur. Tout comme d’autres artistes qui veulent absolument glisser 1 titre différent dans leur EP en espérant créer une surprise pour les auditeurs.

Mais on ne surprend pas avec un seul élément dans un EP. L’effet de surprise doit venir de l’ensemble. Sinon chaque morceau devient une direction artistique, et là ça devient vraiment compliqué.

L’enjeux est de développer une idée générale qui soit compréhensible pour les personnes qui vont écouter votre album, que ce soit vos fans ou les pros de la musique. Si on a des influences et des univers variés, il vaut mieux se répéter le temps d’un EP et ensuite faire un second EP dans une couleur différente.

Pour conclure, quel est le principal conseil qu’un groupe autoproduit devrait retenir pour réaliser un album ou un EP ?

Le principal conseil selon moi est de prendre conscience de ses limites et de s’entourer des talents qui peuvent compléter vos lacunes.

Le fait d’avoir un peu d’humilité et de réalisme sur vos capacités vous poussera à aller vers des collaborations qui vous feront avancer.

Quand on est juste interprète, il vous faudra des auteurs et des compositeurs. Quand on est producteur, on n’est pas forcément réalisateur, etc. Penser que l’on peut tout faire tout seul, jusqu’au graphisme de votre pochette d’album par exemple, vous fera surement perdre plus de temps que prévu et vous détournera de ce pourquoi vous êtes là : votre musique.

Ecrit par | Propos recueillis par Marie Menini

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