Les différentes manières de virer son batteur en lui faisant croire que c'est lui qui part

Le 23 / 01 / 19

Le batteur est un animal étrange, bien souvent considéré comme un mal nécessaire à la composition d’un groupe.

Et même si certains tenteront de vous convaincre qu’ils ne peuvent plus s’en passer, à la manière des otages éprouvant le syndrome de Stockholm, bien souvent l’envie est grande de se séparer de ce monstre répugnant qui va jusqu’à se servir de chacun de ses membres pour faire vibrer son instrument. Instrument ? Que dis-je... machine diabolique oui.

Voici donc dix façons triées sur le volet, de se débarrasser de son batteur sans avoir à craindre de se faire jeter un sort par cette créature malfaisante.

Les différentes manières de virer son batteur en lui faisant croire que c'est lui qui part

1 - Recrutez une boîte à rythme

C’est d’une évidence un peu cynique, mais le meilleur moyen de faire partir celui qui se croit irremplaçable, c’est de lui montrer qu’il ne l’est plus. Discutez entre vous de la possibilité d’ajouter un sampler ou une boîte à rythme à vos compositions.

En plus d’exiger de votre batteur qu’il joue au clic, ce qui revient par définition à forcer quelqu’un qui sait courir de dorénavant marcher avec un déambulateur, vous pourrez en rajouter une couche en mettant en avant le fait que ça prend quand même moins de place dans le camion...

LES PLUS | la place dans le camion, la régularité des coups et du tempo, la place dans le camion, un bouton volume, la place dans le camion, des sons de lasers et de chiens qui aboient, et puis aussi un peu la place dans le camion.

LES MOINS | la boîte à rythme, tout intelligente et régulière qu’elle soit, n’a pas le permis de conduire et ne sait pas décharger un ampli basse ou changer un pneu.

2 - Mettez-vous au Metal progressif

Vous faites de la pop minimaliste pour laquelle un simple PoumTchak suffit ? Lorgnez de manière grossière sur le métal progressif et ses mesures en 13/16, ses structures de morceaux pour lesquelles l’alphabet ne suffit pas et ses tempos frisant l’excès de vitesse à la quintuple pédale. Allez toujours dans l’excès : toujours plus de technique, toujours plus de toms. Si le corps de votre batteur suit, c’est son portefeuille qui lâchera.

LES PLUS | vous allez découvrir un style riche et travaillé dont chaque plan pourra être pompé pour en faire un album de pop à part entière.

LES MOINS | si votre batteur relève le défi, vous allez devoir vous pencher sérieusement sur l’étude des gammes octatoniques en mode mixolydien...

"Poum poum tchack poum t'es viré poum tchak"

3 - Abandonnez le local de répète

Vous le voyez pester chaque semaine en entrant dans le local parce que personne ne l’aide à porter ses quinze cymbales, sa caisse claire, sa double pédale et son deuxième tom bass ? Prétextez un besoin d’économie pour simplement trouver un local dépourvu de batterie. Après trois répètes pour lesquelles votre batteur aura dû apporter l’intégralité de son instrument dans son (grand) sac à dos, il invoquera très certainement une sombre histoire de lumbago pour éviter de revenir jouer avec vous.

LES PLUS | si vous ne trouvez pas de local sans batterie, vous pourrez même commencer à répéter dans votre cuisine, autour d’une bonne assiette de pâtes.

LES MOINS | si votre batteur est malin, il vous demandera de venir répéter chez lui. Et si vous ne jurez que par votre ampli à lampes de 54kg et votre corps 4x12 serti en plomb, commencez à chercher un kiné dès maintenant...

4 - Adoptez la technique dite « de la balle de Ping Pong »

Voici donc une ancestrale technique inventée par des ninjas pongistes. Avant chaque concert, faufilez vous à la manière d’un scarabée royal jusqu’à la caisse claire de votre ennemi. Tel un écureuil de combat, démontez discrètement la peau de frappe du tambour pour y glisser une délicieuse balle de ping pong.

Prenez garde, l’objet est dangereux. Une fois le stratagème en place, replacez la peau à l’instar du dragon divin refermant une poubelle de tri sélectif. Lorsque le concert débutera, votre batteur sera neutralisé d’effroi par le son incontrôlable de cette caisse claire piégée qu’il croyait si parfaite. Couvert de honte auprès des geishas présentes, il devra démonter son instrument en plein concert afin d’en retirer le venin rebondissant. Réitérez la technique à l’infini, et après sept lunes, le mécréant abandonnera avant de s’infliger un seppuku avec ses baguettes. Très sournois.

LES PLUS | emportez des raquettes et un filet en tournée, vous pourrez en profiter pour améliorer votre revers avant les prochaines vacances au camping.

LES MOINS | cette technique ne fonctionne pas pour le death-grind et le dub.

5 - Sciez ses baguettes

Restons dans le sabotage primaire. Armez-vous de patience et d’une lime à ongle et profitez du sommeil de votre batteur dans le camion pour piéger ses baguettes. Limez principalement chacune d’elles très près de l’olive pour que le sabotage soit le plus discret possible.

A force de casser chacune de ses baguettes en concert, votre batteur perdra une fortune dans le réapprovisionnement de son stock. Et vous le savez, le nerf de la guerre c’est l’argent. Une fois mis sur la paille, il n’aura d’autre choix que de revendre se batterie et quitter le groupe pour pouvoir manger. Tout simplement.

LES PLUS | vous allez développer une habileté sans précédent avec une lime à ongle, ce qui devrait faire craquer toutes les groupies du monde. Il ne vous restera plus qu’à maîtriser la pose de vernis longue durée et vous pourrez monter votre salon de manucure.

LES MOINS | l’intérieur de votre van devrait ressembler à une scierie industrielle. La planète vous en voudra.

VARIANTE | le sabotage au savon. Votre batteur se sentira bien seul quand il aura la sensation de jouer avec deux anguilles vivantes.

6 - Demandez-lui de jouer moins fort

Une des pires requêtes que l’on puisse faire à un percussionniste c’est celle de jouer moins fort. Alors dès que vous en avez l’occasion, demandez lui de baisser le volume. Frustré dans son élan, il devrait quitter le groupe dans les prochaines semaines, non sans avoir effectué un dernier roulement assourdissant. Assourdissant certes, mais toujours pas dans le tempo.

LES PLUS | vous pourrez enfin parler à votre bassiste pour lui dire que ça fait dix-neuf mesures qu’il joue une case à côté sans avoir à le frapper.

LES MOINS | vous allez passer pour un vieux con.

7 - Parlez-lui de groove

Le groove. La grande énigme du langage musical, la pierre philosophale censée faire bouger les têtes. Vous n’y comprenez rien ? Rassurez vous, votre batteur non plus. Alors à chaque fois qu’il compte lancer un morceau, dites-lui que même son « Et 1 et 2 et 3 et 4 » ne groove pas. Demandez lui systématiquement de jouer plus « au fond du temps ». Et lorsqu’il vous dit qu’il ne voit pas ce que vous voulez dire, avancez cet argument imparable : « Non mais le groove... chais pas, ça se sent quoi... tu le sens pas toi ? ».

Après quelques débats autour de la question, s’apparentant plus au dialogue de sourds qu’au cours de solfège, votre batteur vous dira bye-bye, un peu trop en avance.

LES PLUS | vous gagnerez des points d’expérience dans le domaine « argumentation sans fond ». Très pratique par la suite lorsque vous parlerez de votre son de retour à votre ingé-son.

LES MOINS | si votre batteur fait mine de comprendre ce que vous voulez dire, vous aurez l’air malin...

8 - Faites lui comprendre ce que c’est que de se faire casser les oreilles

De mèche avec votre équipe technique, pourrissez la vie de votre batteur pendant chaque concert. Lorsque les balances sont finies, demandez à votre ingé-son de modifier les réglages du retour de votre batteur. Optez pour un couple « Cymbales-Chant » du plus bel effet, avec le volume à fond bien évidemment. Une délicieuse bouillie sonore. Une fois que votre batteur aura perdu suffisamment de sang par les oreilles, il devrait s’évanouir sans problème.

S’il avance la théorie fumeuse selon laquelle il avait un son affreux dans son retour, niez. Votre mauvaise foi assumée et son incapacité à trouver des donneurs AB+ chaque semaine lui feront quitter le groupe sans aucun remords.

LES PLUS | un effet visuel étonnant : « Whaaa ! Le batteur il saigne du nez par les oreilles...»

LES MOINS | vous devriez attirer un public de vampires.

9 - Votre batteur n’est pas une lumière ? Éclairez-le.

Vous avez un show son et lumière ? Votre spectacle est une vraie cinéscénie du Puy-Du-Fou ? Bien, vous allez pouvoir vous servir de ça pour évincer votre batteur. En partenariat avec votre ingénieur lumière préféré, revoyez votre plan de feu et placez un stroboscope au dessus du retour de votre victime. Puis de manière ponctuelle, votre tech-light devra déclencher le strob avec une fréquence ne correspondant pas du tout au tempo du morceau que votre batteur est en train de jouer.

Au bout de trois minutes de stroboscope en continu sur chaque morceau, il devra bien admettre qu’il n’arrive plus à jouer en place, puis laisser la sienne à un aveugle.

LES PLUS | votre concert déclenchera des réactions jamais vues dans votre public auparavant.

LES MOINS | vous allez devoir apprendre des gestes élémentaires de premier secours en cas de crise d’épilepsie et les appliquer sur deux cents personnes en moyenne tous les soirs.

10 - Ne réarrangez pas votre set en acoustique. Soyez le set acoustique

On vous en a déjà parlé, et puis c’est un peu la mode. Tous les groupes se mettent à composer un set acoustique pour s’adapter aux différentes salles de concert. Prenez les devants et expliquez à votre batteur que désormais vous ne composerez plus qu’en acoustique, sans batterie, pour pouvoir faire des concerts dans des petites salles. Rassurez-le en lui disant qu’il fait bien toujours partie du groupe, et qu’il peut venir aux répètes pour donner son avis, enfin pas trop quand même, car ça reste un batteur et pas un musicien. Dites lui aussi qu’il pourra aussi venir aux concerts sans problème s’il paie sa place. Puis finissez en lui disant qu’il sera évidemment à la batterie lorsque vous songerez à faire un set électrique car faut pas qu’il s’inquiète, il fait toujours partie du groupe.

Au bout de deux répètes à manger des chips en vous regardant jouer de la guitare comme le hippie que vous êtes, son side-project de batterie solo devrait lui paraître beaucoup plus séduisant.

LES PLUS | vous choperez beaucoup plus lorsque vous jouerez de la guitare autour de la table de ping-pong du camping cet été...

LES MOINS | vous allez sans doute vous rendre compte que toutes vos chansons sont faites avec les mêmes trois accords.

Si avec tout ça votre batteur se maintient toujours dans vos rangs, il ne vous reste plus qu’à apprendre à vivre avec cette malédiction, et à espérer une fin rapide et sans douleur... ou bien à attendre que quelqu’un vous donne une technique encore plus fiable, mais pourtant vous avouerez qu’on s’est bien creusés.

Avec plus de 300 concerts à son actif dans toute l’Europe, FX Josset rêve toujours de devenir musicien, malheureusement pour lui, il n’est que batteur. Il noie donc régulièrement son désespoir dans l’écriture, pour être un jour considéré comme un écrivain. Malheureusement pour lui, il n’est que rédacteur de billets de blog.…

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