Interview - Butcho : Watcha

"Dès que tu changes de style, le public ne te suit plus"

Nous parlons régulièrement ici des groupes en développement et de la longue route qu'ils ont à parcourir avant de pouvoir espérer caresser le succès. Aujourd'hui, nous allons voir ce qu'il se passe ensuite, une fois que la notoriété d'un groupe reconnu décline. Butcho, chanteur du groupe de Néo-Métal Watcha nous parle donc sans détour des aléas du succès et de la passion qui l'anime depuis toujours.

-Bonjour Butcho, tout d'abord peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Salut à tous les lecteurs, je suis donc Butcho aka EL BUTCHO, chanteur, j ai 44 ans, fondateur de WATCHA groupe de néo-metal avec 5 albums et plus de 2000 concerts à mon actif, pour le moment le groupe fait une pause. Chacun de nous a plusieurs projets persos, pour ma part je chante dans plusieurs groupes avec une tendance plus hard-rock old-school (retour a mes racines). J’ai plusieurs passions hormis la musique, comme la photo, le graphisme, et toutes créations en général. Dans un tout autre domaine je suis fan de plongée et de spéléo.

-Tu es donc le chanteur, entre autre, de Watcha. Pour que tout le monde comprenne bien le projet, peux tu nous présenter rapidement l'histoire du groupe ?

 Le groupe WATCHA s’est formé en décembre 1994 avec Fred et moi-même, nous étions alors étudiants dans une école d’ingénieur du son. 5 albums à notre actif signés d’abord avec un petit label puis après chez Sony BMG. Chaque album s’est vendu à 20 000 exemplaires ce qui n’est pas trop mal pour un style non commercial. Nous avons sillonné toute la France, l Europe mais aussi le Canada, Madagascar,etc…

Avec plus de 2000 concerts à peu près

-Cela fait quelques années que le projet est en pause, quelles sont les raisons de cette pause ? Est-elle due à une envie d'autre chose ou un désintérêt du public ?

Après plus de 10 années à parcourir les routes (5 albums), nous avions besoin de faire un break pour pouvoir se focaliser sur de nouvelles choses, et désormais tous les membres ont leur propre projet, soit dans le rock ou l’électro ou bien dans la prod. Quant au public et son désintérêt et bien c’est un peu vrai aussi, après tant d'années à être présent partout et bien nous sommes devenus impopulaires. Les gens qui avaient 16 ans en 98 n’écoutent plus ce genre…A cet âge le public n'est pas fidèle, il suit un phénomène de mode voilà…

Pour ma part c’est plutôt un retour aux sources, j’ai toujours été fan de hard rock mélodique old school. En ce moment je cumule les mandats en tant que chanteur ;) Mes groupes sont REDNEKK RAMPAGE, on va situer le groupe entre « EXTREME » et « SKID ROW », l’album devrait être signé d’ici quelques semaines avec un label Italien. Il y a aussi mon « 80’s HARD ROCK cover band » « SHOWTIME » là c’est le groupe pour me faire plaisir et partager mon goût pour ce style old school que j’aime, je m’éclate à jouer tous les classiques : d’AC/DC à IRON MAIDEN en passant par BON JOVI, MALMSTEEN, WHITESNAKE, JUDAS PRIEST, MANOWAR et tant d’autres…plus 55 morceaux…J’ai aussi PLEASURE ADDICTION un autre groupe mélodique entre EUROPE et DANGER DANGER, des morceaux très fédérateurs qui donnent le sourire ;) Dans un style plus hard rock n'roll, je chante aussi dans le groupe HELLECTROKUTERS, pour situer musicalement : entre AC DC et MOTORHEAD. Un album très énergique et sans concession. Et là, depuis peu j’ai rejoint une dream team avec des stars américaines de hard rock des années 80, c’est juste un truc incroyable mais on en reparlera plus tard.

-On peut dire que Watcha a connu tous les niveaux de notoriété possibles pour un groupe. Du simple groupe de MJC, aux couvertures de magazines Rock nationaux, pour revenir désormais à une notoriété plus confidentielle. Comment as-tu vécu ces différentes périodes ? Y a t-il un moment où tu as cru que le groupe ne s’arrêterait jamais de grossir ? Y a t-il un blues post-succès ?

Oui en effet nous avons connu tous les niveaux de notoriété, nous avons été les premiers à sonner comme les prods américaines, le public a suivi direct, par contre dès que le succès est là, tu es jalousé, envié par les autres qui pensent toujours être bien mieux que toi et que ton succès est immérité…Au niveau des médias il te suivent car tu es « hype » mais dès que c’est fini plus personne te connaît…Combien de portes se sont refermées pour moi et mes nouveaux projets…Tous les gens qui ont gagné du fric avec WATCHA, tous les mags qui ont fait des articles etc ; où sont ils quand on a des projets plus underground ?!!! D’autre part à l’étranger, il y a une fierté « un peu plus patriotique »à porter et épauler ses groupes comme des « sportifs de haut niveau ».

Pour WATCHA j’avais espéré ouvrir la porte vers le marché international mais personne n’a suivi.

Je n’ai pas eu de blues « post succès » et je continue la musique car c’est la seule chose qui m’apporte un équilibre contrairement au succès qui est éphémère. Le succès dépend avant tout du public, en tant qu’artistes on est plus dans la création et la passion.

 Je pense que pour ma part le succès ne m’a pas changé…le changement vient du regard des autres…

-Dans sa carrière, le groupe est passé dans plusieurs labels indépendants et sur une major. Selon toi, quels ont été les avantages et les inconvénients de chaque structure dans le développement du projet ?

Je dois avouer que, que ce soit label ou major, nous avons toujours était bien accueillis. Il y a des différences au niveau des budgets et de l’influence que peut apporter une major par exemple. Une major a le bras très long et peut influer pour plein de choses. Le travail a toujours été relativement bien fait que ce soit label indé ou major. Les groupes en veulent toujours plus, mais bon le rock ne pèse pas beaucoup et on ne peut pas exiger des trucs de fous.

-De quoi es tu le plus fier dans le parcours de Watcha ?

 D’être parti de rien (sans piston) et d’être arrivé en haut.

 -Et la chose que tu regrettes le plus ?

Mon regret c’est de ne pas avoir partagé notre musique au niveau international…Je suis sûr que nous y avions notre place.

-Quand est ce que tu t'es rendu compte que le groupe intéressait moins de monde qu'avant ?

A partir de notre 4ème album (Phénix) nous avions pris un virage plus mélodique et là c’était une pluie de critiques et d’insultes etc…Avec WATCHA nous avions un principe : A chaque album il fallait changer, se renouveler et même dans un album varier les titres…mais là le public s’est senti trahi par « Phénix » par les 3 ou 4 chansons mélodiques…sans même prendre le temps d’écouter l’album entier on s’est mis à nous conspuer, laminer, descendre…Moi je rêve d’avoir un public fidèle comme celui d’INDOCHINE par exemple…Mais là je ne parle que du public bien sûr… ;)

-Après avoir vécu pendant des années grâce à l'intermittence que te permettait Watcha, comment as-tu rebondi financièrement et artistiquement lorsque le projet s'est mis en pause ?

Et bien plus de WATCHA plus de bookers…Ils ne se bousculent plus pour booker mes nouveaux projets…ils ne veulent plus de risques, pas de groupe en développement. Dès que tu commences un nouveau projet ce n’est pas évident. Donc d’un point de vue fric c’est assez galère je dois admettre. Les assos et organisateurs ne payent plus ou très peu…Pas assez pour en vivre. En gros tu es seul contre tous.

-Tu m'a évoqué tout à l'heure l'importance de l’homogénéité artistique d'un groupe, chose plutôt étonnante quand on connait la discographie de Watcha. Tu penses qu'un groupe doit toujours faire la même chose ?

A mon avis avec du recul maintenant je pense que le public t'aime car tu as ton style bien à toi et dès que tu changes ils ne te suivent plus.

Comme le dit mon ami guitariste d’HELLECTROKUTERS « Stick » : les gens aiment AC/DC car ils font du AC/DC et non autre chose. Je trouve qu’il a raison…WATCHA doit faire du WATCHA c’est à dire retrouver le coté groovy metal technique du début…

-Grâce à l'expérience que tu as eu, quels seraient les meilleurs conseils que tu pourrais donner aux musiciens dont le groupe commence à être reconnu ?

 Et bien toujours faire ce qu’on a sur le cœur, le faire avec sincérité. Et surtout ne pas oublier que ce n’est que de la musique et qu’on ne va pas sauver le monde…Même si l’art c’est la seule chose qui unit le monde et les hommes. Stay rock.

 -Tu veux nous parler de ton actu pour les prochains mois ?

L’actu actuelle c’est la sortie du premier album de REDNEKK RAMPAGE, on est très content de ce premier album qui est inspiré de nombreuses références graphiques, de jeux, séries et films des années 80 et 90 ;) sur une base très big rock. Plein de fun en perspective. Enjoy.

-Et enfin comme toujours, c'est quoi ta dernière claque musicale ?

Je dois avouer que je ne me suis pas pris de claque musicale depuis longtemps…Je n’écoute que du hard rock des années 80 mais ça va venir bientôt j’espère.

En fait, je suis très ouvert musicalement, mais seulement dans le hard rock ;)

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