5 trucs des musiciens qui font pro sur scène quand on veut se la péter ?

Le 23 / 01 / 19

Nous avons un jour relevé dans le courrier des lecteurs une carte postale du petit Serge-Kévin, chanteur-claquettiste dans le groupe de hardcore « Les Flutaboulistes », nous interpellant sur un thème assez crucial : que peuvent donc nous inspirer de bon les pros de la scène, dont nous avons posters dédicacés et T-shirts encadrés ? Que peuvent reproduire sur scène les jeunes groupes encore immatures, naïfs et indisciplinés, afin de se la raconter un maximum tout comme leurs aînés ?

Eh bien merci Serge-Kevin, voilà une excellente question que nous te remercions de nous poser. Vois- tu SK (je peux t’appeler SK ?), les groupes connus et rodés aux tournées de grande envergure sont une source d’inspiration intarissable pour les aspirants à écrire de nouveaux post-it à coller dans la fabuleuse histoire de la musique. Cependant, si certains trucs sont bons à prendre, d’autres le sont beaucoup moins, les stars n’ayant pas l’apanage de l’exemplarité, loin de là. Alors si tu le veux bien, nous allons nous focaliser sur le positif, parce qu’après tout comme le dit si bien Robert Nesta : «I and I vibration yea-ah ! Positive».
Ainsi, nous avons, pour tes beaux yeux, Serge-Kevin, relevé cinq pratiques typiques, croisées çà et là dans les salles obscures, sentant bon l’alcool chaud et le tabac froid.

1 - La jouer Incognito

Ok, vous allez me dire que vous l’êtes, c’est marqué dans la question. Mais c’est justement pour ça qu’il faut provoquer la chose, en montrant à la face du monde que votre groupe est à peine lancé qu’il a déjà nécessité de se préserver des sollicitations trop intrusives.

Portez des lunettes de soleil, du réveil au coucher, ajoutez-y éventuellement un chapeau ou une casquette, baissez légèrement la tête en toute circonstance, et soyez avare de mots. Les gens qui ne vous connaissent pas seront forcément intrigués par ce halo mystérieux qui vous entoure constamment, et puis à défaut d’être charismatique, mieux vaut ne pas trop l’ouvrir que de raconter des conneries, ce sera toujours moins préjudiciable. Arrivez et sortez toujours par l’entrée de service. Rapprochez le plus possible votre véhicule de ladite entrée, on n’est jamais à l’abri d’un paparazzo embusqué du Courrier Picard ou d’Entrecul.

FAITES QUAND MEME ATTENTION | à vérifier quelle gueule a l’entrée de service. Dans les petits lieux, elle correspond souvent à la cuisine, ou à un sombre débarras. Certes, si vous tournez en Twingo et faites la tournée des
«Café des sports», ces manières pourront paraître un peu excessives, mais il faut bien commencer quelque part...

2 - Faire des signes compliqués sur scène

La plèbe est toujours fascinée par les codes qu’elle ne comprend pas. Ainsi, pendant le concert, jouez- en à fond et multipliez les signes ésotériques pour le commun des mortels. Faites quelques gestes pour demander plus de voix dans votre retour, quitte à ce qu’il y en ait trop et qu’au morceau suivant vous demandiez l’inverse. S’il n’y pas de technicien aux retours, faites quand même les signes, ces spectateurs incultes n’en savent rien, et puis tout est question d’apparence. S’il n’y a pas de retours du tout, dites aux gens de fermer leurs gueules, mais admettez que si vous ne vous entendez pas c’est sûrement que les trois premiers rangs préfèrent se raconter leur biture de la veille que d’écouter votre soupe périmée. Auquel cas désolé, songez à arrêter la musique en public.

FAITES QUAND MEME ATTENTION | à ne pas faire de signes trop incompréhensibles non plus. Si vous vous trouvez face à un technicien retours que vous ne connaissez pas, c’est un coup à pourrir le son de tout le monde sur scène, ce qui aurait un effet clairement contre productif.

3 - Avoir énormément de matos

C’est bien connu, les mecs connus ont plein d’instrus, car non seulement on les leur offre, mais en plus parfois on les paie pour ça. Alors à la fin du concert, ou même pendant les morceaux, balancez un truc dans la foule, vos fans seront aussi surpris que ravis par vos élans de générosité.

Si vous êtes trader ou rentier pendant la semaine, allez-y de votre guitare une fois de temps en temps. Si vous êtes intermittent- chômeur, préférez une baguette ou un médiator cassé. Si votre ex- copine est venue avec son nouveau mec voir de quoi avait l’air votre groupe maintenant que vous n’étiez plus ensemble, balancez carrément votre enceinte- double-corps-huit-hp-cent-kilos sur la tronche de cet enfant de salauds. Votre grand coeur vous honorera et au moins vous aurez la garantie d’une pleine page dans le canard local. Le début de la gloire.

FAITES QUAND MEME ATTENTION | à ne pas faire dans l’excès non plus. Avoir cinq guitares, une batterie douze fûts et un triple ampli ça claque c’est sûr, mais au Café des Sports de Larsen-sur-ouïe c’est compliqué, et votre banquier commencera peut-être à vous alerter sur votre passion dévorante.

4 - Signer des autographes

Etant un groupe inconnu au bataillon, on préfèrera le faire après un concert réussi, en allant se poser au stand de merch. J’ai moi-même signé mon premier autographe à treize piges lors de mon deuxième concert, comme quoi tout est possible. C’était dans un gymnase de la campagne sarthoise, et je peux vous dire que ses yeux brillaient. Elle s’appelait Lili, mais on l’appelait Lulu... pardon je m’égare.

Bon après, si vous allez au stand et qu’on ne vous sollicite pas pour un autographe, demandez à votre tourman, backliner, ou une copine qui traine de le faire, les gens ne se rendront compte de rien et seront incités, l’homme étant un mouton pour l’homme, à en faire de même. Et ça c’est cool.

FAITES QUAND MEME ATTENTION | si le concert fut un échec total et que vous avez joué devant deux poivrots, l’autographe sera possible évidemment mais aura moins de mérite car il y a de grandes chances qu’il vous coûte au moins une bière. C’est au minimum l’effet inverse qui est recherché. 

"Je dédicace ce morceau à mon vieux pote Justin Timberlake.. Celui-là il est pour toi Juju !!"

5 - Dédicacer un morceau

C’est souvent la classe de dédicacer un morceau à quelqu’un, mais autant le faire comme des pros, c’est à dire soit invoquer une personne connue de votre choix (tout le monde le sait, les stars se connaissent toutes entre elles...), ou au contraire quelqu’un que personne ne connaît, mais qui semble pour vous évoquer un être exceptionnel. Si votre musique fait dans le mélo, dédiez carrément « le morceau suivant à Stévèn, ce génie qui nous a quittés trop tôt ».

Votre public, ravagé par l’empathie, se perdra en conjectures dans l’idée de savoir qui peut bien être ce Stévèn qui vous coûte tant de peine avec son nom si doux... alors même que cette personne n’existe pas. Ca passera comme dans du beurre. Et ça, c’est fat. 

FAITES QUAND MEME ATTENTION | à ne pas faire le coup de Stévèn trop longtemps. D’une tournée à l’autre, vos fans vont commencer à se dire que ce Stévèn est mort depuis maintenant plusieurs mois et se demander quels rapports vous pouviez bien entretenir avec lui pour que cela entraine chez vous de tels ravages de tristesse.

Ecrit par Cousin Cool
Cousin Cool se situerait dans la carrière musicale entre Père Castor, Cousin Machin et Daddy Cool. 30 ans qu’il traîne sa carcasse barbue dans les salles et les studios en tant que bassiste, ingénieur du son et régisseur. Du nord au sud de l’Europe, de l’est à l’ouest de l’Amérique, Cousin Cool a bossé avec les plus grandes divas comme avec les pires crasseux. Dans la famille Cool, il n’a jamais été père ou a refusé de le(s) reconnaître. Mais chez les Cool, on est dans le son de la tête au pied, de père en fils depuis une génération, et peu importe si celui de Cousin l’a abandonné à la naissance. De cela comme de tout sauf du son, Cousin se fout complètement et on le lui rend bien.

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