Les 10 pires phrases de groupe pour une première partie

Le 23 / 01 / 19

Pour la plupart des groupes avides de voir leurs carrières se développer, enchaîner les premières parties est un passage obligé qui facilite l’accès à un public inespéré. Pour autant, les conditions proposées par les salles et les tourneurs dans le cadre de cet exercice sont souvent discutables.

Pour schématiser, on peut dire que le groupe qui joue en première partie est à la production de concert ce que le stagiaire zélé est à l’agence de pub, un maillon indispensable qui doit pourtant subir une ingratitude souvent proche de l’insulte violente. Fais d’abord tes preuves, montre que t’en veux, ramasse les clopinettes froides qu’on te lance, et surtout ne te plains pas. Jeunes talents ayant à cœur de croquer de la tête d’affiche et d’enquiller les belles dates, voilà quelques phrases que vous ne voudrez jamais entendre... mais que vous avez de grandes chances de voir arriver à vos oreilles quand même. En musiciens avertis, préparez vos bouchons.

Les 10 pires phrases de groupe pour une première partie

1 - Vous allez voir, pour trouver la salle c’est hyper simple, c’est bien indiqué...

Car non seulement vous êtes excités depuis un mois et demi que vous avez décroché la première partie de The Black Shitty Fists, ce groupe ricain que vous écoutez depuis vos treize piges, mais en plus c’est à quatre-cents bornes de chez vous. Autant dire un monde pour votre groupe qui est plutôt habitué aux dates effectuées dans un rayon de 10 km autour du patelin. A vous l’asphalte, les rigolades sur les aires d’autoroute et les photos artistiques prises dans le reflet du rétroviseur.

Sauf qu’en général, cette phrase augure des emmerdements. Sitôt arrivés dans cette ville que vous ne connaissez que par les récits de votre cousin qui   y est artisan boulanger, vous vous rendez compte qu’aucune indication n’existe. En plus votre GPS s’emballe et indique une arrivée dans 1h45 alors que vous êtes déjà en centre ville. Finalement, vous n’arriverez « que » 45 minutes plus tard, après avoir interrogé dix habitants sur la localisation exacte de cette salle. Après avoir été tentés aussi d’en buter la moitié a posteriori, tant ils vous avaient raconté de conneries. A croire que votre plaque vous a trahis et que cette réputation de département inhospitalier n’a rien de folklorique.

Heureusement que le stress, palpable depuis hier soir, vous avait fait prendre de l’avance...

2 - Comme vous êtes du coin, y aurait moyen de prêter votre backline à l’autre première partie? Votre matos est pas mal et ça serait vachement plus simple.

Merci pour le compliment. Il vient de Serge, le régisseur de la salle. En fait vous le savez parce que vous le     lui avez demandé. Parce qu’il semble que lui ait autre chose à foutre que de se présenter. Serge est important et veut le montrer. Soit.

Mais... attends... parce qu’il y a un autre groupe en première partie ?? C’est chelou, on ne nous avait rien dit. Mais alors c’est plus une première partie ? C’est une sorte de deuxième première partie quoi ? Ah bon ? On joue en premier quand même ?? Ok... bon, ben allons-y pour le prêt de backline alors...

3 - Voilà, comme la tête d’affiche est arrivée en retard pour son soundcheck, vous n’avez plus qu’un quart d’heure pour balancer, donc un petit linecheck ça vous ira ?

Hmmmm... ben... disons que comme on n’est pas trop habitués non plus, on n’aurait pas été contre l’idée de balanc... nan? C’est mort? ok... 

4 - Bon va falloir nous dire comment ça se passe parce qu’on a pas reçu votre fiche technique nous, et comme on n’a plus que dix minutes de balances, ça va commencer à être compliqué...

 
Donc ça, votre groupe ne le sait pas encore, mais c’est souvent la bonne excuse des techniciens de scène qui sont encore bourrés de la veille et n’ont absolument pas préparé votre date pourrie. Ils ont PARFAITEMENT reçu votre fiche technique, puisque vous la leur avez envoyée vous-mêmes, deux fois, avec le programmateur en copie, qui a accusé réception, LUI.

5 - En fait la tête d’affiche a une table de merch immense, donc on vous a réservé ce petit espace là pour mettre vos trucs. Comment ? Les chiottes ? Ouais, c’est ça, à côté des chiottes ouais... mais c’est là qu’y a le plus de passage, c’est hyper stratégique...

Ça c’est toute l’expérience de Serge à l’oeuvre. Savoir tourner une véritable insulte à votre groupe en une opportunité intéressante. Transformer un bras d’honneur en la chance de votre vie. Ok, allons-y pour la grande affluence dans les odeurs d’Harpic mêlées de pisse vintage. Et puis si jamais c’est vraiment le grand soir, les albums et Tshirts que ne manqueront pas de s’arracher vos fans seront tout près du distributeur de capotes, toujours ça de gagné.

6 - Ah tiens voilà Steven, c’est le stagiaire éclairagiste, en général on lui laisse faire les premières parties. Il débute mais il est super, ça fout grave la patate au public

Hmmmm... Les mauvaises surprises s’empilant sur vos frêles épaules, vous réfrénez difficilement un préjugé acide quand vous voyez Steven garer sa Nissan 300 ZX jaune poussin sur le parking de la salle, sa crête assortie à son aileron arrière. La hardtek qui s’échappe voluptueusement de la carcasse du bolide, aussi fort qu’un sound system au milieu d’une forêt bretonne, vous laisse à penser qu’il goûtera peu à la sobriété scénique requise dans votre rider. En homme prudent que vous êtes, craignant qu’il ne file un peu trop la « patate au public », vous irez quand même lui faire un petit rappel. D’ici à ce qu’il n’ait pas reçu votre fiche tech lui non plus...

7 - Comme la tête d’affiche souhaite jouer un peu plus longtemps que prévu, vous n’avez plus qu’une demi-heure de set, donc étant donné le gros changement de plateau, 20mn ça vous ira ?

Attends... Quoi ?!?! Ca commence à être relou, cette soirée !! Et dire que votre demi-douzaine de fans (dont vos deux parents) aura fait quatre cents bornes pour vous voir jouer... 20 minutes ?! Sérieusement ???

8 - Malheureusement on a une politique très stricte sur les invits et on est pratiquement sold out, donc on pourra difficilement en laisser plus de trois pour le groupe.

Ben ok, super bien, excellent... la copine de votre batteur et la potentielle de votre bassiste se pointent, donc vous allez mettre maman sur la liste et acheter une place pour papa histoire de rester grand seigneur. Et puis les copains achèteront leurs places, ils ne seront plus à ça près.

9 - Ok donc si vous êtes prêts à monter, vous me laissez cinq minutes pour vous présenter et ensuite hop vous y allez...

Mais comment ça nous présenter ? Mais c’est quoi le plan là ? Tu t’es pris pour Guy Lux ou pour Nagui ?? Ouais, c’est ça ouais, tu t’es pris pour Naguy Lux en fait, un truc comme ça ?!?! Non, non merci, on va se présenter tout seuls, je crois qu’on saura faire...

10 - C’était vraiment tip top les gars, bon ok y avait pas grand monde et j’ai vu que le dernier morceau mais ça avait l’air plutôt en place...

 

Ca c’est François, le programmateur. Faux-cul. Mais forcément mec y avait personne, Serge nous a demandé de commencer à jouer à 19h alors que les portes étaient même pas encore ouvertes, tout ça parce qu’il fallait surtout pas être en retard pour la tête d’affiche, donc fallait pas s’attendre à Wembley non plus hein ! Mais bon, d’ici à ce qu’il ait été vexé de ne pas faire sa présentation officielle, il n’y a qu’un pas direction le backstage, la tête basse et l’envie de casser votre gratte sur la gueule de Serge et de ses potes. Et puis on dit plus «tip top» depuis les années 90 François, merde...

Conclusion :

Ok, vous avez vu The Black Shitty Fists depuis l’arrière scène et vous avez mitraillé de photos la performance avec votre smartphone en lâchant un petit post humble sur la page Facebook de votre groupe :

« Jouer avec TBSF. Fait. »

Super classe. Mais alors quelle purge que cette journée qui a précédé ! Vous avez joué devant 12 personnes dans une salle qui peut en contenir 800, sous un show de lumières à tuer un épileptique au bout de 30 secondes de set. Et sous une fumée qui ne s’est dissipée que quand vous avez demandé en plein morceau à Steven d’arrêter tout de suite cette bouillie (ce qui a eu le don de stopper le morceau car votre batteur avait compris « arrête tout de suite la batterie »).

Vous avez vendu un album à maman, pour qui c’est le quinzième (elle l’offrira sans doute à une collègue de bureau car elle a déjà arrosé toute la famille). C’est tout, niveau merch. En tout cas on ne vous y reprendra plus. S’il existe des solutions telles qu’acheter un chapiteau, ou au moins une sono, afin d’être dorénavant libres et indépendants, les premières parties restent une école aussi difficile qu’instructive pour le musicien que vous êtes. Donc la prochaine fois, sachez bomber le torse et être sûr de vos forces, ne transigez pas et tenez vous-en à ce qui était prévu si on tente de vous la faire à l’envers. Au pire on vous taxera de chieurs, au mieux de professionnels. Alors qu’en parlant de chieur, voilà Serge qui toque à la porte de votre semblant de loge : « les loges vous allez les utiliser encore longtemps ou pas, parce que la tête d’affiche voudrait les squatter ?? »

L’histoire retiendra qu’un violent courant d’air a refermé la porte des loges sur les mains et le visage de Serge, et qu’il a dû subir un arrêt de travail de plusieurs jours. Mais vous, vous avez peut-être une autre version...

Ecrit par Cousin Cool
Cousin Cool se situerait dans la carrière musicale entre Père Castor, Cousin Machin et Daddy Cool. 30 ans qu’il traîne sa carcasse barbue dans les salles et les studios en tant que bassiste, ingénieur du son et régisseur. Du nord au sud de l’Europe, de l’est à l’ouest de l’Amérique, Cousin Cool a bossé avec les plus grandes divas comme avec les pires crasseux. Dans la famille Cool, il n’a jamais été père ou a refusé de le(s) reconnaître. Mais chez les Cool, on est dans le son de la tête au pied, de père en fils depuis une génération, et peu importe si celui de Cousin l’a abandonné à la naissance. De cela comme de tout sauf du son, Cousin se fout complètement et on le lui rend bien.

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