Comment faire de la thune quand on est musicien ?

Le 24 / 09 / 13

"Le vent m'apportait par lambeaux leurs chants barbares mêlés au son des guitares.”

Selon une étude dont je ne me rappelle plus la source mais sûrement très sérieuse car sûrement très américaine, c'est une question que 90% des musiciens se posent. Et figurez vous que parmi les 10% restant, 8 ont cessé de se la poser pour cause de dépression. Vous aurez donc deviné que 2% seulement estiment avoir la réponse et la gardent jalousement. Band(e)s d'ingrats. Une tentative ici.

Bien sûr, on ne répond pas à une telle question suivant qu’on est gratteux classique, violoniste métaleux, batteur de musette ou backliner. Quoique, la première des réponses fait appel à un élan philosophique digne du bonze Hallyday énonçant ses « idéals » : commence donc par avoir du talent.

Le vrai, le pur. Celui qui ne se trouve pas sous un flycase ou dans une pochette surprise achetée au comptoir de ton local préféré, celui dont on hérite, mais surtout celui qui se mérite.

Ensuite, va bosser, la France a besoin de toi, disait Michel Colucci. Attention, en ce qui te concerne, c'est plus ton instrument que la mère patrie qui a besoin d'un maximum de pratique. La France elle te considère au mieux comme un saltimbanque, au pire un suceur d'allocs, il va donc falloir se défendre. Ne voyez donc pas dans ces invectives un quelconque discours qui placerait Jeff Coppé en tête de la primaire visant à élire le leader de votre futur groupe, voyez-y seulement le bon sang du bon sens.

Alors travaille ton art, remets-le en cause, bosse sans relâche, écris, déchire, recommence, pète une corde, change là consciencieusement, enregistre, efface, fais chauffer ton poignet, pète une baguette, enregistre, réécoute, pète un plomb...et fais en sorte que quand tu poses le stylo sur ton calepin, quand tu cliques sur “save file as” sur ton pro tools, quand tu éteins ta tête d’ampli encore brûlante de riffs gras, tu sois bien persuadé que ce que tu viens de pondre est une des plus belles fulgurances que la planète musicale ait jamais enfantée. Amen.

Car, et c'est la deuxième étape, pour transformer les mélopées en or, petit alchimiste du son doit pousser le potard un peu plus loin. Etre fier de soi. Bomber le torse tel un Canto des studios et être prêt à délaisser playstation(s) et gonzesse(s), du moment qu’on le laisse astiquer son (gros) manche et sa grosse (caisse). Sûr de son fait, il pourra aller répandre la bonne parole de son prochain avènement, en sortie digitale exclusive sur toutes les plateformes de téléchargement. En effet, la perle sonore enregistrée, le bijou mixé, la pépite masterisée, la galette pressée, il va bien falloir sortir du local pour vendre cette came tel un VRP qui ne laisse aucun doute sur le fait que son produit est le meilleur. Et qu’il existe aussi en pourpre, pour aller avec les rideaux du salon.

Comme on n’a jamais vu un vendeur de chez Darty toucher ses primes peinard en restant le cul vissé sur son fauteuil de plastique blanc à fumer des pétards, on n’a jamais vu non plus des fans faire un sit-in devant un local pour réclamer à corps (pré-pubères) et à cris (stridents) le prochain single ou t-shirt dédicacé du groupe, si le son dudit groupe n’est jamais sorti des murs du studio.

Aide toi et le ciel t'aidera, disait maman. Je préciserai par expérience qu'il vaut mieux ne pas trop compter sur le ciel pour tout ce qui touche aux carrières musicales. L'abnégation par contre, la confiance en soi inaltérable, valent tous les dieux de la planète son. Compose et joue ta musique dans le seul but d'y mettre tout ce que tu possèdes d'inspiration et de passion brutes. Ensuite, vends là comme le plus précieux des trésors. Aujourd'hui le musicien se doit non seulement d'être bon, créatif et sincère, mais en plus expert en marketing et en DIY, découpé sur mesure pour toutes les tailles de fans, du XS au XXL.

Ceux qui ressentent une lacune sur le premier point auront la bonne idée d'abandonner sur le champ toute ambition de carrière. Heureusement il vous reste le bon vieux « café des sports » pour vos release party et l'idée de jouer « pour le plaisir », ce qui reste l'essence évidemment, mais ce qui n'a jamais permis de la payer non plus...

Pour les plus frileux à l'idée de convaincre la planète de la révolution que constitue leur musique, ils auront tout intérêt à savoir bien s'entourer. Car si l'on n'est pas capable de transformer les fréquences en biftons, certains pourront sans doute vous aider à le faire. Le tout étant sans doute de les trouver, car les managers c'est comme la maréchaussée ou les péripatéticiennes, y en a des bons mais ils sont rares.

EN RESUME :


LE MOMENT : Celui où ton meilleur pote te demande : « Ah ça y est t’as reçu ton vinyle, tu m’en files un, vas-y ? », et que tu réponds « Nan man, désolé, le groupe refuse de les donner.. par contre on les vend 15 euros et pour 20 t’as le tshirt en plus, je t'en mets combien? »

LA PHRASE : "Le vent m'apportait par lambeaux leurs chants barbares mêlés au son des guitares.” Victor Hugo pour Brutal Mag, lors du dernier Hellfest.

LA HAINE : le story telling qui se fout de la gueule du monde, les usurpateurs de talent, les opportunistes qui retournent leurs vestes en même temps que leurs styles musicaux, leurs gonzesses et mon estomac. Des suggestions ?

L’AMOUR : Heureusement des milliers BLOG47 d'exemples de groupes ou musiciens talentueux qui savent aussi bien jouer que vendre. Souvent anglo-saxons si je peux me permettre. Des suggestions ?

LA VIDEO :

 



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