10 trucs utiles à savoir sur les ingénieurs du son

Le 23 / 01 / 19

Qu’on se le dise, vous aurez beau passer vos nuits et vos jours dans votre local à répéter comme des chiens pour trouver le son parfait et être capables de faire d’un bar-tabac un zénith en mode quadriphonique, vous aurez beau claquer votre SMIC dans des micros, amplis et pédales beaucoup plus bonnes que la plus bonne de celles de vos potes, ça ne vaudra pas grand-chose si vos efforts sont gâchés par un ingé son peu écoutant. L’homme qui contrôle vos oreilles et celles du public, en admettant qu’il y en ait un peu dans le coin quand vous vous produisez, a le fabuleux pouvoir de foutre en l’air tout votre concert s’il le souhaite.

Tout ce qu'il faut savoir sur les techniciens son

Donc, que vous le connaissiez et qu’il fasse partie de l’équipe comme un vulgaire backliner ou même tromboniste, ou qu’il vous soit commis d’office par une salle, vous avez intérêt à sérieusement le respecter. Sinon vous pourriez saigner des tympans et votre public avec.

Commencez par maîtriser vos instrus

Vous ne répétez pas seulement pour savoir si vous commencez le pont après la quatrième mesure du couplet ou juste après le deuxième refrain, vous répétez également pour affiner votre propre mix et gérer au mieux votre matos. Ca n’est pas tout de débarquer avec le multi-effets que le Père Noel vous a légué en s’endettant sur cinq ans, encore faut-il savoir comment le faire sonner et ce quels que soient les lieux dans lesquels vous vous produisez. Si vous avez un son de scène correct et que vous percevez tout ce qui est amplifié de façon raisonnablement puissante sans que ni les retours ni la façade ne soient ouverts, vous avez déjà rendu un fier service au sondier.

C’est LUI qui dit quand tu joues

En balances, installez votre matériel, vérifiez que vous êtes bien branchés et attendez le top départ. Il m’est arrivé de faire les balances d’un groupe que je ne connaissais pas et que j’espère ne jamais plus connaître. Les mecs ont commencé à faire un truc entre une répète, une jam et une vomissure sonore d’un style vraiment mal digéré de la veille. Je leur ai demandé de se détendre jusqu’à ce que je sois prêt.

Dans la foulée je plaçais les micros de batterie et le benêt à baguettes a commencé à se prendre pour Portnoy à vingt centimètres de mes oreilles. Quand j’ai demandé à avoir des voix et que les mecs ont entamé un morceau je me suis cassé. Je ne saurai jamais si ce concert a eu lieu ou pas.

Préparez vos listes

Comme pour ne pas perdre de temps dans les rayons de chez Leclerc, suggérez au maître du son votre propre patch, ou liste d’entrées, telles que vous avez pris l’habitude de les ordonner, afin qu’il puisse préparer sa console. Si vous n’avez aucune habitude en la matière, laissez tomber, ou alors demandez à un technicien que vous connaissez de vous en pondre une, ça gagnera toujours du temps et donnera à votre interlocuteur l’image d’un groupe pro et préparé.

>> Tout le monde veut cartonner son concert

Si vous tenez absolument à en mettre plein la gueule aux gens qui se massent dans la salle et qu’on dise de vous que vous êtes la «sensation du moment», il y a fort à parier que de son côté, l’ingé son ait une grande envie que tout le monde trouve le son impeccable et se dise que ça doit être un gros balèze qui pilote la console. Partez de ce principe là et gardez-le en tête, ça pourra vous aider au cas où vous commenceriez à avoir des doutes sur sa compétence.

Imprimez son nom

Qu’il soit avec vous pour trente dates ou pour une seule, commencez par vous tatouer son nom sur l’avant-bras. Ca pourrait vous servir quand pendant les balances vous enverrez dès la première note une remarque du genre « Euuuh y aurait moyen d’avoir moins de tambourin dans le retour ? » et que vous vous mangerez un larsen de niveau stratosphérique en pleine gueule. Ce n’est pas que la personne derrière la console est incompétente. C’est juste qu’elle ne s’appelle pas « Euuuh », et qu’en plus votre maman vous a déjà dit quelques milliers de fois d’ajouter «   s’il te plaît ». Attention, si vous continuez à l’appeler par des onomatopées après trois dates consécutives ensemble, vous pourriez aussi perdre la vue et d’autres sens très utiles en plus de l’ouïe.

Respectez ses tympans, il respectera les vôtres

N’importe quel sondier sur cette planète sera toujours hyper fier de son mix, quoiqu’il écoute dans sa bagnole et quel que soit le genre de son que vous fassiez. Il pense toujours pouvoir mixer un bon philarmonique à la cool, alors qu’il est plutôt habitué des blasts dans des caves voutées qui sentent fort la sueur en putréfaction. Cela n’empêche pas de lui adresser, que ce soit via votre rider ou encore mieux, dès votre première rencontre, un message sur l’ambiance que vous souhaitez donner à votre façade. « On est vraiment fans de Mylène Sardou et de Michel Farmer et on adore quand il y a énormément de reverb »,   lui donnera déjà une belle indication sur vos goûts étranges et fort discutables. Il y a de grandes chances que la personne qui vous fait face soit un musicien autant que vous, donc il appréciera que vous lui donniez quelques lignes directrices, sans douter de   sa culture musicale et de sa capacité à appliquer les consignes.

Ne le prenez pas non plus pour votre serviteur sonore, ou pire pour un abruti

« en fait on aimerait que notre son soit à l’image d’une caresse subtile un soir de première fois »

Attention la remarque qui précède ne vaut que dans une certaine mesure. Car si vous commencez à lui prendre le chou avec des indications du genre « en fait on aimerait que notre son soit à l’image d’une caresse subtile un soir de première fois », ou lui demandez le son de Rammstein alors que vous vous trouvez sur la scène extérieure à la 23ème Fête de la Banane de Conchie-sur-Loire, il y a moyen que ça lui picote le potard assez vite et que vous vous retrouviez avec le son de Véronique et Davina.

L’ingé connaît aussi du monde (que vous ne connaissez pas)

Particulièrement si vous débarquez dans une salle ou un café concert et que c’est le maître des lieux qui     s ‘installe derrière la console, vous allez vite voir s’il vous considère comme un groupe respectable ou pas. Car il est fort probable que si vous vous êtes foutu de la gueule du barman ou si vous avez mal parlé au programmateur, il en ait perçu quelque chose et qu’il se venge sur votre mix.

Envoyez un éclaireur

Plutôt que de vous en référer à la bouillie que vous entendez de la façade depuis la scène, demandez à un pote dont l’oreille vous inspire confiance de se placer idéalement dans la salle pendant que le mix prend forme, afin de suggérer (avec révérence et diplomatie) des petits ajustements en temps réel si nécessaire. Ce sera toujours plus sérieux et recevable que si c’est le batteur qui demande depuis le fond de scène à enlever un peu d’aigus dans les voix en façade.

Apprenez la langue des signes

En concert, vous aurez la bonne idée de ne pas beugler un truc du genre « Hey Steven tu peux m’envoyer plus de kick dans l’wedge please j’entends rien à ce que joue Bryan ! ». D’une parce que vous vous exprimez n’importe comment en vous la pétant pour pas un rond avec des mots en anglais parfaitement inutiles. Et de deux parce que pour éviter à votre public ce genre de manifestation anti-professionnelle dont il n’a rien a faire, il existe quelques gestes simples, qui peuvent sauver des vies. Ou en tout cas votre concert. Donc faites vous repérer par le sondier, pointez du doigt l’objet du litige, pointez ensuite du même doigt, ou même d’un autre, le sol ou le plafond suivant vos désirs d’augmentation ou de diminution sonore, et le tour est joué. Bravo !

L’ingé son est un humain et non un robot, après tout

Nous sommes d’accord, ce métier se résume souvent à pousser des petits boutons afin de faire d’une source sonore souvent exécrable, majoritairement envoyée par des groupes qui jouent de la musique pourrave et ne gèrent pas leur propre son, un canal sonore audible pour les gens qui vont l’entendre.

Bien que ce constat puisse vous mettre mal à l’aise, mettez- vous en tête qu’un technicien son est une personne comme une autre. Il en est de très discrets, qui vont peu parler mais beaucoup agir, de grandes gueules qui essaieront de faire le show autant que vous pour prouver qu’ils existent, des casse-couilles intersidéraux qui pensent avoir tout vu et vous parlent comme à de vulgaires débutants alors que vous en êtes à votre 300ème date...

Peu importe leur personnalité, faites preuve d’un minimum de psychologie et adaptez- vous à lui plutôt que d’attendre le contraire. Vous avez généralement un concert à assurer dans un très court instant et vous n’aurez le temps ni de faire ami-ami,  ni celui de faire son éducation, donc jouez la carte de la compréhension voire de l’hypocrisie, au besoin écrasez-vous et votre son en sortira grandi.

Ecrit par Cousin Cool
Cousin Cool se situerait dans la carrière musicale entre Père Castor, Cousin Machin et Daddy Cool. 30 ans qu’il traîne sa carcasse barbue dans les salles et les studios en tant que bassiste, ingénieur du son et régisseur. Du nord au sud de l’Europe, de l’est à l’ouest de l’Amérique, Cousin Cool a bossé avec les plus grandes divas comme avec les pires crasseux. Dans la famille Cool, il n’a jamais été père ou a refusé de le(s) reconnaître. Mais chez les Cool, on est dans le son de la tête au pied, de père en fils depuis une génération, et peu importe si celui de Cousin l’a abandonné à la naissance. De cela comme de tout sauf du son, Cousin se fout complètement et on le lui rend bien.

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