12 façons de bien pourrir un morceau

Le 29 / 09 / 14

"Je trouve qu'a la seixième minute il se passe vraiment un truc !"

Le moment tant attendu est arrivé. Cela fait des années que vous poncez votre instrument, des mois que vous préparez votre groupe, des semaines que polissez votre morceau, des jours que vous passez sur son mix, des heures sur son master. Voilà. Vous touchez du doigt le graal. Vous venez de chier un putain de tube intersidéral que vos congénères s’apprêtent à se prendre en pleine tête, et à côté de ces quelques notes, Get Lucky aura l’air d’être aussi populaire qu’un morceau de death ouzbèk. Veridct : le morceau sort et contre toute (votre) attente, se ramasse dans le triangle d’or des charts, aussi anodin qu’un pet foireux balancé sous les feux d’artifice d’un 14 juillet. Pour que vous ne vous interrogiez pas jusqu’à votre trépas sur les raisons de ce que vous pensez être une profonde injustice, nous vous donnons ici dix raisons probables de cet échec. Dix explications qui prouvent que malgré toute votre bonne volonté, vous avez bien, bien, bien, bien pourri votre morceau. Tout seul. Comme un grand. Un grand raté quoi. Cut moi cette introoooooooo !!! Vous ne pensiez quand même pas pondre un tube avec cette visqueuse intro d’une minute trente, sérieusement ?? Vous vous êtes pris pour Fred Mercury ou quoi ? Les blagues les meilleures sont les plus courtes, il en va souvent aussi des intros, qui si elles doivent s’allonger dans le temps, ont intérêt à avoir sacrément plus d’intérêt que de faire tourner ce plan huit mesures de plus, juste parce que vous, ben vous l’aimez bien. Vous avez perdu l’auditeur à force de transitions interminables Le mathrock progressif core c’est cool, ça part sûrement d’une bonne intention, mais peut-être qu’à force de caler des breaks et des changements de tempos toutes les 15 secondes, ceux qui aventureront leurs oreilles sur votre album finiront par avoir envie de fuir dans un asile, ou juste de jeter votre galette par la fenêtre. Vous avez perdu l’auditeur à force de jouer les deux mêmes accords. La transe est une des meilleures recettes musicales. Là encore l'intention est louable, autant que les drogues synthétiques particulièrement surdosées que vous vous enfilez, mais rien n’indique que les deux mêmes accords pendant 18 minutes rendent accros ceux qui vous écoutent. Si toutefois ils arrivent jusque là sans overdose. Less is more !!! On vous l'a dit et répété... Cette maxime devrait être inscrite au dessus de toutes les consoles de tous les studios du monde. Tu t’es emballé, tu as voulu trop bien faire, et ben tu as trop fait, tout court. Les parties chantées sont impossibles à chanter sans un minimum d’edit, de même que ce break à l’unisson et cette partie de gratte que vous savez de toute façon votre guitariste incapable de bien gérer une fois sur deux. Et sauf votre bon respect, on n’a pas le droit à de l’edit en live. On vous dit souvent que vous chantez comme une sombre bouse sur ce morceau Et pourtant vous n’avez que rarement eu droit à ce genre de déconvenue. C'est vrai, vous chantez plutot bien d'habitude. Ce n’est pas forcément que vous avez perdu votre pouvoir de cantador, c’est peut-être juste que vous atteignez les limites de votre tessiture, qu’il s’agisse des aigus ou des basses. Posez-vous en tout cas la question la prochaine fois au moment de mettre un morceau en boite, de ce que vous ne seriez pas plus à l’aise un ton plus haut ou plus bas. Essayez voir, ça peut changer une vie, ou au moins une carrière. Et si vous voulez vous amuser à comparer votre tessiture à celle de Maria « Iwillalwaysloveyou » Carey ou Axl « IthoughtIwouldalwaysloveyoubutnowhowcantanymore » Rose, c'est par là. Vous avez un son de merde Ça vous le savez un peu en fait, c’est même recherché. A force d’entendre des tubes lo-fi trafiqués, vous vous êtes peut-être écorchés les tympans à vie, en tout cas gardez en tête que le plus propre sera votre son à la prise, le plus tranquillement vous pourrez le pourrir si vous le souhaitez par la suite. Par contre si vous enregistrez un signal pourave, vous n’aurez jamais le moyen de l’améliorer. Un son de quoi vous avez dit ? Vous avez fini dans l’enfer de la mode : Comme les pyjamas ou les bikinis, la musique a ses tendances. Cependant si votre but est de pondre le tube en faisant un grossier copier-jouer-coller du dernier morceau en vogue sur les FMs et les internets, vous faites fausse route vers le succès mon ami. Il y a fort à parier que d’ici la sortie de votre son celui-ci sente déjà le réchauffé. Vous êtes dans l’enfer de votre propre mode ! Corolaire ethnocentrique de l’écueil précédent, vous avez eu la chance de sortir quelque chose qui se présente comme un tube, qu’on vous redemande à chaque concert, et vous tentez artificiellement de vous copier vous-mêmes ! Sentez venir cette tentation avant de tomber dans ce grossier panneau, votre précédent morceau mérite d’être surpassé, pas copié. Vous avez stressé en studio Peu de musiciens ont le talent (ou les balls) d’envoyer du one shot en studio, ou simplement de se dire que quoiqu’il arrive, une seule prise suffira à pondre leur morceau. Peut-être que soit vous vous êtes dit ça et que c’était une mauvaise idée. Ou peut-être au contraire que vous avez multiplié les prises en regardant votre montre, le compteur tourner et vos poches se vider. Vous chantez des paroles pouraves Ça arrive même aux meilleurs me direz-vous. Certes. Mais si vous ne finissez pas d’écrire votre texte en vous disant que ça surbute, en pensant par exemple que ces « ouuuuh yeah » du refrain iront bien puisque vous n’avez pas trouvé mieux, ou que cette rime de « pédoncule » avec « crapule » n’est pas ce que vous avez trouvé de mieux mais que vous n’aviez pas d’autre inspiration, alors bossez encore un petit coup. Votre honneur s'en portera d'autant mieux. Vous avez juste pété un plomb Comme ICI, entre 1’50 et 3’00. Par exemple. En parlant d’honneur tiens, ne faites pas ça messieurs dames, jamais… Vous écoutez les conseils péremptoires d’un relou qui se prend pour le maitre du monde de la musique bien pensante... Dites donc, vous en avez de l’animosité à revendre vous... Cela dit je ne peux pas vous donner tort... Alors oubliez donc toutes ces remarques foireuses et retournez donc vous éclater à faire bien ce que vous voulez dans votre local en trouvant que c’est formidable, car c’est surement le cas. Et en attendant, histoire d’illustrer tout ça, vous pouvez profiter d'un morceau qui a le mérite de rassembler presque tous ces écueils en quelques minutes, tout en étant un des plus grands tubes de l’histoire.  

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